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Τετάρτη, 23 Μαΐου 2012

Lettre ouverte au magazine "L'Hebdo"

Monsieur le directeur,

comme vous le relevez justement dans vos articles relatifs à la Grèce, mon pays, en tant que maillon faible de la zone euro, est le cible non seulement d'injures racistes de la part des puissants mais est également utilisé comme cobaye pour leurs politiques futures. Il se passe donc quelque chose de pareil à la situation entre Romands et Suisses-Alémaniques, ces derniers affirmant: « Die Welsche sind die Griechen der Schweiz » (L'Hebdo, 8.3.2012, Lettre ouverte de Charles Poncet,Weltwoche, etc ...). Est-ce simplement une différence de culture (les protestants du nord de l'Europe travaillent durement et vivent de manière ascétique alors que les catholiques ou orthodoxes du sud profitent du soleil et des allocations chômage)? Ou s'agit-il de quelque chose de plus profond? Avons-nous affaire à une jalousie métaphysique ou à une paranoïa consciente qui révèle grosso modo les contradictions, le vide institutionnel et le défaut démocratique des autorités de l'Union Européenne? Les Grecs ont une responsabilité énorme face à la « misère » de leur pays mais une responsabilité analogue est à mettre au compte de nos partenaires européens. Ou plutôt de la bureaucratie de Bruxelles et de la chancelière de fer qui décident, tels des empereurs romains autocrates et non comme un Sénat démocratique. Ils ont imposé à la Grèce, depuis trois ans, un programme financier d’austérité des plus durs qui, ayant augmenté de manière dramatique le chômage, la dépression économique et le démantèlement social, a annihilé la moindre productivité. Mais ils insistent malgré l'échec de ce programme pour des raisons … pédagogiques ! Cette même chancelière est intervenue de manière intolérable le 17 mai dernier, juste après le proclamation des nouvelles élections parlementaires, en exigeant (?) un référendum parallèle relatif à la volonté des Grecs ou non de rester dans la zone euro (sic). Les Grecs veulent l'euro et appartiennent au noyau de l'Europe plus que n’importe quel autre pays. Ils sont le lien entre le présent et le passé historique commun, entre l'Orient et l'Occident, entre le classicisme et le modernisme. Madame Merkel n'a aucun droit d'indiquer ou de commander à un peuple ou à un parlement ce qu'il doit faire. C'est aussi exactement ce qu'a fait M. Schäuble à la veille des élections du 6 mai avec comme résultat un report massif des voix tant vers les partis de gauche que vers l’extrême droite néo-nazie. (Je rappelle que quand, il y a 8 mois, le premier ministre d'alors George Papandréou avait proposé un référendum au couple Merkozi sur le 2ème memorandum, il avait proprement été mis à la porte et remplacé par le banquier Papadimos. C'est alors que Sarko avait déclaré n'avoir jamais vu Merkel si furieuse !) Devrions-nous aussi proposer un référendum aux Allemands pour savoir s'ils sont d'accord de provoquer une troisième guerre mondiale économique ? La crise grecque fait chuter les bourses d'Europe et d'Asie, est-ce vraiment la faute exclusive des Grecs ? L'expérience grecque révèle la mauvaise direction prise par toute la zone euro dont le futur semble bien sombre avec un tel leadership, puisque la crise s'est maintenant étendue partout.
Et si le voile de Pénélope commence à se déchirer, aucun Ulysse ne sera à même de le retisser comme avant.

Pour mémoire : L'historique des relations germano-helléniques remonte assez loin. Après la Révolution Nationale de 1821, des Bavarois furent chargés par les grandes puissances de mettre en place les bases du nouvel état et son premier roi, Othon, petit fils de Louis I de Bavière, était allemand. Les Grecs identifièrent alors cette « Bavarocratie » à l'administration ottomane et ils la haïrent. Et les Allemands, qui étaient jusqu'alors ex officio les héritiers du classicisme grec antique, virent avec malaise et déplaisir les Grecs « modernes » se réclamer les descendants de Socrate ou d'Alexandre le Grand.
Pendant la 1ère Guerre Mondiale, l'Allemagne se trouvait à la source de la dichotomie nationale qui conduisit à la perte de l'Asie Mineure (Smyrne et environs), à l'extermination de 600.000 civils et à l'exil de plus de 1.500.000 personnes. Le roi Constantin 1er, beau-fils du Kaiser, voulait la Grèce aux côtés des forces de l'Axe alors que le premier ministre Eleftherios Vénizelos du côté de l'Entente. Ce dernier se battit allié aux forces anglo-françaises depuis Thessalonique qu'il avait choisi pour capitale et, en vainqueur, signa le Traité de Sèvres en 1919.
Durant la 2ème Guerre Mondiale, les Grecs résistèrent plus longtemps que tous les autres peuples européens, pendant 6 mois, face aux Italiens puis aux Allemands, s'attirant ainsi l'admiration de Churchill lui-même, mais également des représailles sanglantes de la part des Nazis: les Allemands brûlèrent des centaines de villages et exécutèrent des milliers de civils (massacres de Distomo et Kalavrita par exemple), détruisirent des infrastructures vitales, sans pour autant payer la moindre indemnité de guerre (par la faute du gouvernement grec).
Aujourd’hui à nouveau les Allemands veulent avoir le destin de la Grèce entre leur mains et complotent pour la rejeter hors de l'Europe. Va-t-on les laisser faire ?
Manos Stefanidis
Professeur à l'Université d'Athènes
(ses articles sont publiés dans différents quotidiens et revues littéraires grecques.)
(salaire: 1600 euros par mois)

Traduction Véronique Maire

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