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Δευτέρα, 9 Φεβρουαρίου 2015

Éloge de la cravate grecque

ou  Le symbolisme politique d'un fétiche

Pavlos, Chemise, technique mixte, 1978



J´adore les cravates.  Peut-être est-ce la raison  pour laquelle j'aime tant le style de monsieur Dimitris Avramopoulos, ex-vice président du gouvernement de droite d' Antonis Samaras et actuellement membre grec à la commission européenne. L'homme qui a transformé la cravate gris-argent en argument politique majeur. Et je me demande: Comment ce monsieur "Rien-du-Tout", comme on l'appelle en Grèce, réussit-il si bien quand il s'agit de cravates? Avec de telles qualifications peut-il se hisser jusqu'à ce que la présidence de la République Hellénique. Que dis-je? Jusqu'à la présidence de l'UE et même plus haut ...
Je me souviens de mon père essayant de m'apprendre à faire un noeud de cravate réussi. Un nœud en forme de triangle équilatéral. Tout un rituel pour atteindre précision et sensibilité. Mon père était un ouvrier. Il portait un bleu de travail et ses gros doigts étaient continuellement dans la graisse. Il portait une cravate pour chaque occasion officielle, comme tous ses semblables d'ailleurs, pour la promenade du dimanche, à l'église, lors des visites chez des amis et des parents, lors des mariages ou des enterrements. Avec une chemise blanche qui brillait de propreté et son éternel costume de mariage noir qui sentait un peu la naphtaline ou le vinaigre. Ce même costume qui fut transformé à ma taille, pour moi, le fils aîné, pour mon seizième anniversaire, mais ceci est une autre histoire. Durant les inoubliables autant qu'amères années 60, les ouvriers portaient la cravate avec fierté et dignité à des événements officiels, tout comme des chanteurs populaires sur scène. Je me souviens  des cravates, avec épingle en or, de Kazantzidis et Bithikotsis notamment, tous deux chanteurs de Mikis Theodorakis. Mon père me disait que les vrais mecs se distinguent par leurs chaussures bien cirées, le pli de leur pantalon, une chemise propre et une cravate bien nouée. Le dimanche,donc, les ouvriers portaient avec obstination et une profonde fierté les habits des patrons.
Je crois que le premier à avoir ôté sa cravate fut George Zambetas, soliste de Mikis, dans les club de bouzouki sous la dictature, bien avant Andreas Papandreou, le maître de la démagogie. C'était l'époque où le paraître tenait le haut du pavé et où le populisme prenait son essor dans toute sa majesté. La cravate, donc, fut d'abord portée par les mercenaires Croates de Louis XIII (d'où le mot "cravate"), puis le foulard rouge au cou des révolutionnaires français pour passer ensuite autour du col de la chemise quand les sans-culottes s'embourgeoisèrent. Depuis lors, elle s'identifie à la grande bourgeoisie, l'élite et la bureaucratie du pouvoir. Ainsi, il était obligatoire, il n'y a pas si longtemps, pour les fonctionnaires de porter cravate et protège-manches alors que les soldats de l'armée grecque portent obligatoirement la cravate kaki (sic).
Personnellement, je déteste toute sorte d'uniforme. C'est-à-dire tout vêtement formaté, interdisant à l'imagination de jouer avec la couleur et le hasard. Étant donné que notre tenue quotidienne joue un rôle et a une fonction symbolique, je préfère la surprise à la répétition ennuyeuse. C'est plus révolutionnaire! C'est-à-dire de passer de la salopette de travail au costume ou du jean au smoking, c'est pure provocation. C'est là que réside le succès de la communication de Yanis Varoufakis, dont la tenue est un contraste frappant avec les innombrables cols blancs de la nomenklatura européenne. Il suffit de ne pas tomber dans la norme inverse et que cela devienne un nouvel uniforme, comme les vestes des staliniens ou les chemises des maoïstes. Ou comme la veste inimitable d'Ahmadinejad et les robes des mollahs (de quelque religion qu'ils fussent). Personnellement, je aime les cravates en laine, les chemises en velours côtelé, les pochettes, les jeans avec des blazers, les gilet en cuir. Je ne porte jamais de foulards par ... atavisme. Mon père m'avait dit que seuls les homos en portaient . Il avait tort, mais je ne peux pas lui désobéir. Les écharpes en laine aussi me dérangent, pendues comme une étole autour des cous épais, à l'intérieur ou lorsque il fait chaud à crever. C'est un abus de couleur qui dérange mon puritanisme. Contrairement à la cravate ou au foulard qui représentent le minimalisme le plus élégant tout en transmettant de multiples messages: retour à l'ordre pour l'une, l'esprit non conventionnel pour l'un autre. Voilà pourquoi j'admire les quelques représentants du nouveau gouvernement qui portent encore la cravate. Une telle attitude constitue un acte de résistance parce qu'elle va contre la (nouvelle?) règle. Et dans ce pays conservateur et conformiste qu'est la Grèce, nous avons tous bien besoin de résistants.


Manos Stefanidis
Professeur d'histoire de l'art
Université d'Athènes 

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